Un collectif de trois mille médecins a demandé aux pouvoirs publics de suspendre la construction des nouveaux incinérateurs de déchets.. Le lien est désormais officiellement établi : les populations ayant vécu dans les années 1980 près d'incinérateurs d'ordures ménagères ont bien plus de risques d'avoir un cancer que la moyenne des Français (jusqu'à 22 % supplémentaires pour les sarcomes des tissus mous, 16 % pour les cancers du foie, 9 % pour les cancers du sein...). Avec la publication d’un ouvrage en avril, Michel Roulet fait de nouvelles révélations sur le scandale de l’incinérateur de Gilly près d’Albertville qui a tant défrayé la chronique...

Alors que l'Institut de veille sanitaire vient de rendre la première étude d'envergure qui confirme et conforte les premiers résultats donnés il y a deux ans, des voix de plus en plus inquiètes s'élèvent chez les opposants à l'incinération et chez les médecins. Cette prise de conscience médicale collective est une première : trois mille d'entre eux, toutes spécialités confondues, dont de nombreux cancérologues, viennent de se regrouper au sein de la Coordination nationale médicale Santé et Environnement. Objet de leurs craintes : l'impact sur la santé du « cocktail » de polluants qui sort encore des cheminées des usines, bien qu'elles aient été toutes rénovées entre 2002 et 2005.

Michel Roulet est ingénieur spécialisé en qualité industrielle, en normalisation technique des entreprises, consultant en matière d’environnement industriel. Il est seul élu Vert à Albertville depuis 1995, dans une municipalité à majorité UMP. Dans un ouvrage sorti au mois d’avril (1), Michel Roulet revient sur l’histoire de l’incinérateur de déchets ménagers de Gilly sur Isère, les conséquences sanitaires des émissions et sur le traitement judiciaire du dossier.

Dans l’agglomération, la technique de l’incinération a été préférée au tri par le Syndicat local de traitement des ordures ménagères ( SIMTOM). Le syndicat a décidé d’investir à la fin des années quatre-vingt dix, dans un deuxième four afin de brûler entre autres les ordures de stations de skis voisines.

Des décisions préparées

Michel Roulet évoque comment la décision semble préparée sur les plans technique et financier malgré les interrogations légitimes que devraient avoir les élus. Devant l’importance de l’investissement, devant le non-sens que représente le refus du tri, l’élu Vert a déjà des doutes sérieux.

Pourtant, la position de la Direction régionale de l’Industrie aidant, un projet de nouveau four avance bel et bien. Michel Roulet évoque le poids des fonctionnaires, celui d’un groupe comme Suez, qui gestionnaire de l’incinération, a intérêt à promouvoir cette solution en réunissant des quantités grandissantes d’ordures à brûler.

Il dépeint la position du maire d’Albertville, Albert Gibello, incapable de résister à des pressions, de demander des études indépendantes, de lancer vraiment la collecte sélective.

Emissions de dioxines

Le débat se développe aussi autour des émissions de dioxines de l’ancien four, qui sont supérieures très souvent aux normes européennes. Le 24 octobre 2001, la décision de fermer le four est annoncée. C’est alors que s’amplifie dans la vallée la prise de conscience . Une nouvelle association est créée pour faire avancer la connaissance de la pollution par le four et ses conséquences : l’Association citoyenne active de lutte contre les pollutions, l’ACALP.

En 2002, les autorités décident des mesures sur le bétail et les récoltes : des analyses sur les dioxines révèlent des niveaux atteignant jusqu’à 13000 la norme ! 365 exploitations sont considérées comme polluées, 6875 têtes de bétails sont abattues, 2,2 millions de litres de lait détruits. Michel Roulet estime que 165 personnes ont été victimes des émissions de dioxines.

C’est alors , après le dépôt de plainte de juin 2004, que le dossier prend une tournure judiciaire, avec la mise en examen de plusieurs responsables du syndicats de traitement des ordures ménagères. C’est aussi l’heure des discussions d’experts sur les conséquences sanitaires des émissions, l’heure de certains contradictions, entre des études nationales qui établissent un lien entre dioxines et surcroît de cancer, et une étude locale qui n’établit pas de lien.

En 2006 L’ institut de veille sanitaire INVS fait faire une étude sur la corrélation cancers et polluants des fours d’incinération autour de 8 sites en France dont le site de Gilly. Toutes les analyses établissent le lien cancers et dioxines….sauf autour de Gilly sur Isère ….!!!

Le responsable de l’INVS venu de Paris reconnaîtra devant des journalistes que l’étude de Gilly n’avait pas été menée correctement.

Cette étude permet au juge d’instruction de ne plus retenir comme motif de mise en examen, la mise en danger de la vie d’autrui. La plaintes des riverains se terminera par un non-lieu et le maire, président du syndicat des ordures ménagères Mr Gibello UMP pourra se représenter aux élections municipales de mars 2008 ou il sera toutefois battu.