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24/07/2014

Le cadmium, ce poisson.

DU CADMIUM DANS LE BIBERON : 
ENCORE UN AN AVANT QU'IL N'Y EN AIT PLUS

Quelques uns d'entre vous savent peut-être que le cadmium est un métal lourd dont il faut se méfier au même titre que le mercure et l’aluminium. Il est surtout réputé pour menacer la santé des fumeurs : chaque cigarette contient un microgramme de cadmium. Et comme ce métal est très volatil, son taux d’absorption par voie pulmonaire atteint 50%. Résultat : le niveau de cadmium dans le sang d’un fumeur est en moyenne deux fois plus élevé que celui d’un non-fumeur.

Mais combien d’entre vous se soucient des dangers du cadmium pour leurs enfants ou petits-enfants ? A mon avis personne, alors que pourtant les alertes et les études ne manquent pas sur ce sujet. Mais qui les publie, qui les lit ?

La faute aux produits industriels ?

Le cadmium est l’un des métaux lourds les plus dangereux qui soient (plus toxique que le plomb) mais il a fallu attendre les années 50 pour s’en rendre compte. C’est à cette époque que les Américains ont commencé à l’utiliser comme protection de récipients alimentaires et dans les réfrigérateurs. Une première vague d’intoxications spectaculaire (c’était à Alger) a donné l’alerte. A l’origine de ces empoisonnements : des brocs cadmiés dans lesquels on servait le vin.

Dans les années 90, la pollution environnementale au cadmium a connu des pics. Alors on s’est méfié des piles et batteries au nickel-cadmium (les deux tiers du marché mondial à l’époque), et à partir de 2008 l’Union européenne a imposé leur élimination.

Le cadmium est aussi utilisé comme stabilisant pour PVC et enduits de métaux, comme pigment pour plastiques, céramiques, photocopies et photographies. On en trouve jusque dans les cellules des panneaux solaires (c’est un excellent semi-conducteur).

Mais on en ramasse surtout à la cuillère dans notre assiette.

Les enfants premiers touchés

Un avis de l’Anses publié le 24 novembre 2011 sur la base d’études collectées à l’échelle européenne (lire ici) aurait dû nous alerter. Mais il faut scruter ligne après ligne ce long document pour lever le lièvre et mesurer la nature du danger... Car celui-ci se niche dans une étude américaine référencée en fin de rapport : « ATSDR (2008) Draft toxicological profile for cadmium – Agency for Toxic Substances and Disease Registry, Atlanta GA. ». C’est là !

Vérifiez si vous lisez l’anglais : il est dit clairement que le cadmium a envahi l’alimentation et menace le plus grand nombre, en particulier les enfants. Il n'y a dans cette affaire aucun secret, aucun complot, aucune dissimulation coupable puisqu'une autre étude publiée par l’Autorité européenne de sécurité des aliments (EFSA) l’a également dit en 2012. Sauf que personne ne diffuse l'information... et personne ne fait rien pour résoudre le problème !

Selon les derniers chiffres (officiels bien sûr), 5% d'entre nous seraient exposés à une dose supérieure à la dose hebdomadaire tolérable (DHT), dose qui a été fixée à 2,5 microgrammes de cadmium par kilo de poids par semaine.

Et 5%, ce n’est pas rien car les premiers touchés sont les enfants : à travers l'avis de l'Anses que j'ai cité plus haut, 1 enfant sur 6 dépasse cette dose tolérable de 2,5 microgrammes. L’explication est simple : beaucoup de produits visant les enfants contiennent des traces de cadmium et rapportée à leur poids corporel la quantité qu’ils consomment est plus importante.

Alerte chez les tout petits

Les enfants de faible poids entre 3 et 9 ans sont les plus exposés mais, phénomène plus alarmant, les enfants en bas âge, de 1 à 3 ans, le sont plus encore selon l'étude ATSDR citée plus haut.
Et dans l’avis de l’Anses de 2011 on constate que plus les enfants sont jeunes, plus les dépassements de la DHT sont importants (particulièrement entre 3 et 6 ans). Sources de contamination incriminées : l’eau, l'air et... la nourriture pour bébés.

Ces contaminations plus qu’inquiétantes proviennent en grande partie des laits infantiles et des produits chocolatés. Au point que l’Europe, pourtant connue pour son laxisme, a publié en mai dernier plusieurs règlements visant à abaisser les teneurs maximales autorisées dans toute une série d’aliments. Entre autres :

- A partir de 2015, les laits maternisés et les laits de croissance seront soumis à des limites de teneur en cadmium.

- Idem pour les produits chocolatés, le cacao et la poudre de cacao dont la part de responsabilité dans cette contamination est estimée à près de 10%. Mais là il faudra attendre l’année 2019 : le temps que ces braves industriels et ces gentils pays producteurs s’adaptent…

Enfants, adultes, végétariens : 
tout le monde est concerné

En réalité personne n’est à l’abri tant le nombre d’aliments impliqués est important. Voici un aperçu des denrées les plus touchées :

Mollusques et crustacés, particulièrement les coquilles Saint-Jacques,

poissons,

algues,

champignons (de Paris notamment),

abats,

pommes de terre,

fruits, légumes, céréales,

pain,

biscottes,

biscuits,

oléagineux

et bien sûr laits et cacao-chocolat.

Même les adeptes du végétarisme n’échapperaient pas à cette contamination si l’on en croit l’EFSA qui déclarait en mars 2009 : « Les végétariens – qui consomment des quantités relativement élevées de produits alimentaires contenant du cadmium, par exemple certains fruits secs, céréales, graines oléagineuses et légumes secs – présentaient une exposition moyenne hebdomadaire pouvant atteindre jusqu’à 5,4 microgrammes/kg de poids corporel. »

Bon, ceci est à prendre avec des pincettes compte-tenu de la source mais on peut penser que certains végétariens moins vigilants que d’autres, moins « bio » aussi, sont effectivement touchés.

Un empoisonnement typiquement « moderne » : 
additif et cumulatif

Avoir du cadmium dans le sang n’est pas mauvais en soi. On ne lui connaît pas de rôle physiologique et pourtant nous en avons tous à l’état fœtal (un microgramme) et quelle que soit l’alimentation de maman (heureusement le cadmium ne franchit pas la barrière placentaire).

C’est après que les choses se compliquent, par bioaccumulation. A chaque fois que nous ingérons du cadmium, notre organisme en stocke une partie, d’abord dans le foie puis de façon plus définitive dans les reins. A l’âge adulte, la quantité totale de cadmium dans l’organisme passe facilement à 40 milligrammes par accumulation. Et en avançant en âge le risque croît : quand la concentration dans le rein dépasse les 200 mg par kg, les lésions deviennent irréversibles.

Cette pollution par bioaccumulation est triplement dangereuse car :
- le cadmium est néphrotoxique, 
- c’est un cancérigène classé par le Centre international de recherche sur le cancer, 
- il se comporte enfin comme un perturbateur endocrinien.

Les enfants, on l’aura compris, sont particulièrement vulnérables mais les femmes aussi. 
Comme le mercure et le plomb, le cadmium présente des effets oestrogéniques (même à doses très faibles). Il est identifié comme une cause importante de cancer du sein (comme de cancer du poumon). 
Sa rétention est aussi plus forte chez la femme que chez l’homme en raison d’une absorption plus élevée lorsque les réserves en fer de l’organisme sont faibles, situation que les dames rencontrent périodiquement.

Les reins et le squelette à tous les coups

Dans un document destiné aux professionnels de santé publié en 2008 par l’Institut de Veille Sanitaire (INVS), on lit au chapitre cadmium : 
« Le principal organe cible est le rein. L’exposition chronique au cadmium peut entraîner l’apparition d’une néphropathie irréversible pouvant évoluer vers une insuffisance rénale.
L’atteinte rénale liée au cadmium se caractérise par une dégénérescence des cellules tubulaires rénales, suivie par une réaction inflammatoire interstitielle puis une fibrose. Des atteintes du squelette liées à une interférence avec le métabolisme du calcium sont également observées pour les expositions au cadmium aux concentrations les plus élevées. Une excrétion excessive du calcium est à l’origine d’ostéomalacie, d’ostéoporose, avec des douleurs osseuses intenses.
D’autres effets ont été décrits, notamment des atteintes neurologiques. »

Ce que chacun peut faire pour réduire les risques

Sur le plan environnemental, chacun peut contribuer à réduire la contamination des réserves d’eau. En recyclant au moins dans des centres de collecte piles solaires, vieux câbles de téléphone, téléviseurs, résines et plastiques, peintures, huiles moteur et radiateurs contenant du cadmium.

Sur le plan alimentaire, vu que les étiquettes nous mentent, mieux vaut éviter les aliments identifiés à teneur élevée : les fruits de mer, les coquilles Saint-Jacques, les algues (tous proches des sédiments marins), les poissons en excès, et les produits à base de cacao.
Quant aux enfants en bas-âge, rien ne vaut évidemment l’allaitement au sein.

Une cure de détox, oui, mais gare au résultat inverse…

Sur le plan thérapeutique enfin, il existe des protocoles de détoxication en pagaille, ce sont les mêmes que pour le mercure. Mais devant tous les conseils « éclairés » prodigués ici et là une grande vigilance s’impose.

Dans les cas d’intoxication les plus aigus on évitera difficilement la case « hôpital ». Mais pour ne pas en arriver là, il est utile de faire appel à des protocoles ciblés éventuellement accompagnés de mesures de restauration globale (irrigation côlonique notamment).

Le problème n’est pas d’utiliser les bonnes substances (chlorella, Laminaria japonica, ail des ours, coriandre, silymarine, etc.) mais de les utiliser sciemment. Ce qui suppose deux préalables :

1. Consulter un thérapeute compétent, capable de détecter l’empoisonnement, d’évaluer son degré (plus par l’anamnèse et/ou des tests énergétiques que par des analyses sanguines ou urinaires peu fiables).
Certains médecins savent faire cela, leurs noms circulent sous le manteau. Ceux-là mesurent chaque jour la gravité du problème chez les enfants qu’on leur envoie…

2. Toujours renforcer son organisme avant d’engager un processus d’élimination car la cure de détox fait rarement dans la dentelle (une partie des bons nutriments part avec les mauvais) et peut provoquer nombre d’effets indésirables sur un organisme affaibli.
Tout protocole d’élimination doit donc être précédé d’une complémentation nutritionnelle substantielle d’1 ou 2 mois.

Autrement dit, ce genre de cure ne se fait pas à la légère par l’auto-traitement ou des protocoles non-cadrés : cet amateurisme est la meilleure façon qui soit d’accélérer involontairement la mise en circulation du cadmium et des autres toxiques et de précipiter un empoisonnement dont les conséquences ne se seraient peut-être jamais manifestées.

Dominique Vialard

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